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Le réveillon chinois(除夕): comment les familles disent adieu à l’année écoulée

A multigenerational Chinese family sharing a reunion dinner on Chinese New Year’s Eve

Qu’est-ce que Chúxī ?

Le réveillon du Nouvel An chinois(除夕, Chúxī)est la dernière nuit de l’année lunaire et, pour de nombreuses familles, le centre émotionnel de la Fête du Printemps.

Le terme est simple, mais chargé de sens : 除 (chú) signifie « enlever » ou « écarter », et 夕 (xī) signifie « soir ». Ensemble, ils évoquent l’adieu à l’année ancienne et l’entrée, en douceur, dans la nouvelle.

Si le premier jour de l’année est tourné vers l’extérieur — visites, salutations et déplacements —, Chúxī est un moment intime. C’est une nuit pour rentrer, se retrouver, se souvenir et, surtout, rester à la maison.

Matin : poser les couplets du Printemps

En fin de matinée, les portes commencent à changer d’allure.

Les familles collent des couplets du Festival de Printemps(春联, chūnlián)de part et d’autre de la porte, et ajoutent au-dessus une bande horizontale appelée 横批 (héngpī). Depuis le point de vue de la personne qui regarde la porte de l’extérieur, la ligne du haut(上联, shànglián)se place à droite, et la ligne du bas(下联, xiàlián)à gauche. Cet ordre suit discrètement la logique de lecture traditionnelle.

Le geste reste ordinaire et minutieux : on retire l’ancien papier, on applique la colle, puis quelqu’un recule d’un pas pour vérifier l’alignement. Il y a rarement une cérémonie formelle, mais toujours de l’attention.

À midi, des couloirs entiers d’immeubles brillent déjà de papier rouge neuf.

Midi : honorer les ancêtres

Dans certains foyers, le milieu de journée est réservé au recueillement.

On allume l’encens. On dispose des plats. La famille s’incline devant l’autel domestique ou se rend sur les tombes ancestrales. On parle souvent de culte des ancêtres(祭祖, jìzǔ).

Pour les plus jeunes, ce moment peut sembler bref. Pourtant, sa place dans Chúxī est essentielle : il inscrit l’année qui commence dans une histoire familiale plus longue, qui inclut aussi celles et ceux qui ne sont plus physiquement présents.

Autrement dit, la nouvelle année commence par une forme de reconnaissance.

Soir : le dîner de retrouvailles

S’il y a une scène centrale de Chúxī, c’est le dîner.

Ce repas est le dîner de retrouvailles(年夜饭, nián yè fàn). Il rappelle Thanksgiving aux États-Unis dans un sens précis — tout le monde essaie de rentrer —, mais sa portée symbolique est encore plus forte. Pour beaucoup de familles, c’est la seule nuit où la présence de chacun est vraiment attendue, si possible.

La table est pleine, bruyante, vivante.

Beaucoup de plats portent un souhait :

  • Poisson(鱼, yú), car sa prononciation rappelle l’idée d’« abondance »
  • Raviolis(饺子, jiǎozi), dont la forme évoque les anciens lingots d’or
  • Gâteau de riz gluant(年糕, niángāo), associé à la progression et à l’élévation

L’abondance est voulue. Laisser des restes est bien vu : l’année doit commencer sous le signe d’une prospérité visible.

Feux d’artifice et vieille peur des monstres

À l’origine, feux d’artifice et pétards servaient à chasser le monstre Nian ; aujourd’hui, ils illuminent la nuit de fête.

Après le dîner, la nuit s’ouvre vers l’extérieur.

Là où c’est autorisé, feux d’artifice et pétards font toujours écho à l’ancienne histoire de Nian(年兽, Nián shòu), une créature censée apparaître à la fin de l’année. On croyait que le bruit, le feu et la couleur rouge pouvaient l’éloigner.

Aujourd’hui, la plupart des gens vivent ce récit comme une mémoire culturelle plutôt que comme une croyance littérale. Mais quand le ciel éclate en rouge et blanc au-dessus des rues sombres, le geste garde sa force : le danger appartient à l’année qui s’achève.

Enveloppes rouges, transmises discrètement

À un moment de la soirée, les enfants commencent à attendre leurs cadeaux.

Ils attendent les enveloppes rouges(红包, hóngbāo): de petites enveloppes d’argent données par les aînés. Leur valeur est moins financière que symbolique : protection, chance et attention transmise d’une génération à l’autre.

Aujourd’hui, les enveloppes rouges numériques envoyées par application sont tout aussi courantes. Le téléphone vibre, la notification arrive, et la tradition passe par un simple geste sur l’écran.

La longue nuit : le Gala de la Fête du Printemps

Chaque année, le Gala de la Fête du Printemps réunit simultanément des centaines de millions de spectateurs.

Dans de nombreuses maisons, la télévision reste allumée pendant des heures.

Le Gala de la Fête du Printemps(春晚, Chūnwǎn)— une grande émission nationale en direct — enchaîne humour, pop, opéra traditionnel, danse et passages de célébrités.

Peu de gens suivent chaque séquence avec une attention continue. Pourtant, presque tout le monde le laisse en fond. Plus qu’un divertissement à regarder de près, c’est une ambiance partagée : une horloge commune qui accompagne le compte à rebours vers minuit.

Veiller ensemble

La coutume de rester éveillé tard s’appelle 守岁 (shǒu suì).

Littéralement, cela signifie « veiller l’année ». Traditionnellement, cette pratique exprimait le vœu de longue vie pour les parents et l’idée de protéger le foyer pendant la nuit. Dans les maisons d’aujourd’hui, cela prend des formes plus simples : jeux de cartes, conversations calmes, téléphones en main, grignotages à moitié finis sur la table.

Le noyau symbolique, lui, ne change pas : rester éveillé pour accompagner l’année écoulée jusqu’à sa dernière minute.

Variations régionales et formes modernes

Chúxī est célébré dans tout le pays, mais jamais de façon parfaitement identique.

Dans le nord de la Chine, les raviolis sont incontournables. Dans beaucoup de régions du sud, le gâteau de riz(年糕, niángāo)occupe la place centrale. Sur la côte sud-est et dans les communautés chinoises d’outre-mer, les salades de poisson cru et les tables riches en fruits de mer sont aussi fréquentes.

Certaines familles urbaines dînent au restaurant plutôt qu’à la maison. Des travailleurs migrants se réunissent parfois avec des collègues plutôt qu’avec leur parenté. Et les appels vidéo relient des parents dans une ville à des enfants installés dans un autre pays.

La structure reste reconnaissable — couplets, dîner, télévision, enveloppes rouges et veillée — tandis que le décor continue d’évoluer.

Pourquoi cette nuit reste essentielle

Chúxī n’est pas d’abord un spectacle. C’est une pause.

Nettoyage, décoration, mémoire, repas, rires, dons et attente se rassemblent dans une seule nuit sans précipitation. Elle permet aux familles de refermer un chapitre avant d’ouvrir le suivant.

Quand minuit arrive enfin, les portes portent déjà des mots nouveaux. La table est encore en désordre. Quelqu’un veille encore sur le canapé.

Et la nouvelle année entre, simplement, dans les rires, le bruit et la lumière vacillante.